DÉVOTION À LA SAINTE FACE

De tous temps, la sainte Face de Notre-Seigneur a été l'objet d'un culte particulier, mais cette dévotion prit de l'extension et du développement surtout depuis l'année 1851. Notre-Seigneur se servit pour cela principalement de deux personnages d'une sainteté remarquable : l'un M. Dupont, mort en 1876, consacra sa foi et sa piété au service de cette cause ; l'autre une religieuse carmélite de Tours, la sœur Marie de Saint-Pierre, morte en 1848, à laquelle Notre-Seigneur a révélé combien cette dévotion lui est chère et combien elle est avantageuse à ceux qui s'y livrent.

« Au mois de janvier 1849, pendant l'exil de Pie IX à Gaète, des prières publiques, d'après les ordres du Saint Père, eurent lieu dans toutes les églises de Rome pour implorer la miséricorde du Tout-Puissant sur l'État pontifical. A cette occasion on exposa, à Saint-Pierre, le bois de la vraie croix et le voile de sainte Véronique. Or, sur ce voile on ne distingue presque plus les traits sacrés de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Le troisième jour de l'exposition, le voile se colora de lui-même, et la figure de Notre-Seigneur se montra toute vivante au milieu d'une douce lumière. Les chanoines qui étaient de garde auprès de la sainte relique firent immédiatement avertir le clergé de la basilique ; on sonna les deux bourdons, le peuple accourut. L'impression la plus inexprimable était sur tous les visages ; beaucoup pleuraient, et tous étaient comme frappés du prodige. Un notaire apostolique fut appelé, un acte fut dressé pour constater le fait ; la copie de l'acte a été envoyée au Saint Père à Gaète. Pendant plusieurs jours on ne s'entretint à Rome que de cet étonnant prodige, qui dura trois heures. Le soir de ce prodige, on fit toucher quelques voiles en soie blanche, sur lesquels est représentée la sainte Face, au voile miraculeux. Ces voiles doivent être envoyés en France. » (Extrait d'une lettre de M. Dupont.)

En effet, c'est à la suite de l'évènement qui vient d'être rapporté que s'introduisit l'usage d'envoyer en France des copies authentiques du voile de sainte Véronique. . . . La mère prieure des Carmélites de Tours avait reçu des religieuses d'Arras deux de ces images qu'elle avait remise à M. Dupont. C'était à la fin du Carême 1851. Toutes les deux lui furent remises le dimanche des Rameaux. Dès le lendemain, lundi saint, il se hâta de les donner à un ouvrier pour les encadrer ; il les reçut le mercredi au matin, offrit la plus belle et la mieux encadrée à l'œuvre de l'adoration nocturne et garda l'autre.

Voici maintenant les paroles de M. Dupont lui-même, rapportées par M. l'abbé Janvier dans sa vie : « après avoir, dit-il, fait mettre dans un cadre cette terrible preuve des ravages du péché, je plaçai cette sainte Face dans ma chambre, au côté gauche de ma cheminée, dans l'enfoncement, au-dessus d'une petite commode qui se présentait bien pour recevoir une lampe. Plusieurs images pieuses y trouvèrent place également. C'était le mercredi saint. A peine s'y trouvait-elle installée, que je fus frappé intérieurement par un sentiment soudain qui s'éleva au fond de mon cœur. Cette image de la divine Face du Sauveur des hommes, me dis-je en moi-même, peut-elle être exposée dans la maison d'un chrétien pendant cette grande semaine de la Passion, sans qu'un signe extérieur de respect, d'adoration et d'amour lui soit donné ? Non, certes, il n'en sera pas ainsi. Et voilà comment j'eus aussitôt la pensée d'allumer cette lampe devant la sainte Face, avec l'intention de la laisser seulement brûler tout le reste de la semaine sainte. J'exécutai immédiatement cette pensée ; mais bientôt il m'en vint une autre. Cette chambre était celle où j'avais l'habitude de recevoir tous ceux qui me faisaient visite ou qui avaient à me parler ; c'était celle où était installé mon bureau. Je songeai que tout le monde me demanderait ce que faisait là cette lampe allumée en plein midi. Je ruminai ma réponse, et il m'en vint une dont je fus satisfait. Oui, me dis-je, c'est cela. A quiconque me demandera pourquoi cette lumière en plein jour, je répondrai : « C'est pour apprendre à ceux qui viennent chez moi que, lorsque l'affaire qui les conduit ici est terminée, ils n'ont qu'à se retirer ou à parler de Dieu. » Et je m'avisai d'écrire ces paroles en forme de commentaire sur un carré de papier, que je déposai sur mon bureau pour le montrer au besoin : « Chacun est libre chez soi ; chez moi, après avoir traité l'affaire pour laquelle on est venu, il faut ou s'en aller, ou parler des choses de Dieu. »

« Ce jour-là et le lendemain s'écoulèrent sans que personne me fit la question prévue. Les uns ne firent point attention à cette lampe ; les autres trouvèrent que j'avais eu là une très pieuse idée. Le Vendredi-Saint, un commis voyageur, ayant forcé ma porte pour me proposer des vins de Bordeaux, je lui fis ma réponse, et il en fut tellement surpris que je dus la lui répéter deux fois. Ce me fut l'occasion de lui parler de religion. Il resta plus d'une heure à m'écouter ; et, entré chez moi au moins indifférent, il me quitta presque converti, emportant avec foi un peu d'eau de la Salette.

« Le lendemain, c'est-à-dire le Samedi-Saint, Notre-Seigneur commença à faire connaître ses intentions, et voici comment, je reçus la visite d'une très pieuse personne, Mlle X..., que je connaissais et qui avait les yeux très malades ; elle entra dans ma chambre, se plaignant vivement de douleurs poignantes aux yeux, par suite du vent froid qui soufflait et remplissait l'air de poussière. Elle venait chez moi pour affaire. Étant alors occupé à écrire, je l'invitai à prier la sainte Face en m'attendant un moment. Elle en profite pour demander sa guérison. Bientôt je me joins à elle, je m'agenouille et nous faisons ensemble une prière. En me relevant, il me vint la pensée de lui dire : « Mettez un peu d'huile de cette lampe sur vos yeux. » Elle trempa son doigt dans l'huile, se frotta les yeux, et, en prenant une chaise pour s'asseoir, elle disait tout émerveillée : « Mes yeux ne me font plus mal ! » La visite faite, il fallut lui donner un peu d'huile, parce qu'elle partait pour Richelieu, sa résidence ordinaire. »

M. Dupont raconte ensuite que, le mardi de Pâques, un jeune homme de la ville vint s'acquitter d'une commission ; il avait mal à une jambe, boitait et marchait péniblement. Le serviteur de Dieu eut l'idée de faire une onction avec l'huile de la lampe sur la jambe malade, en priant la sainte Face. Le jeune homme fut immédiatement guéri et se mit à courir autour du jardin avec la plus grande facilité : « Nouvelle expérience très consolante sans que le bruit s'en répandît, » fait observer M. Dupont.

La pensée de retirer la lampe, après la semaine sainte écoulée, se présentait à lui : « Mais, dit-il, un sentiment opposé frappait aussitôt mon esprit, et toujours victorieusement. Arriva le mois de Marie : je trouvai un nouveau motif pour ne pas briser court avec la petite dévotion que je savais d'ailleurs ne pas être opposée aux vues de l'Église. Bientôt nous entrâmes dans les mois consacrés au sacré Cœur et au précieux Sang, et dès lors les consolations surabondèrent. Plus de vingt personnes ressentirent des effets sensibles dans des maladies graves. De proche en proche on racontait les guérisons obtenues. Nous commençâmes à réciter alors, au pied de l'image, les litanies de la sainte Face, composées par la pauvre petite ouvrière de Bretagne, devenue sœur Marie de Saint-Pierre. Les prodiges se multiplièrent ; je n'entreprends pas d'entrer dans le détail des guérisons opérées avec l'huile : des cancers, des ulcères intérieurs et extérieurs, des cataractes, des ankyloses, des surdités, etc., tout cela en grand nombre. Depuis le 2 décembre (il écrivait le 3 mai 1852), j'ai donné plus de huit mille petites fioles d'huile. De jour en jour, la foule augmente ; il y a des samedis où plus de trois cents personnes arrivent ; les autres jours de la semaine, en proportion plus restreinte. Mais ce qui prouve surtout que la grâce agit, c'est que tout ce monde comprend que les neuvaines de prières et d'onctions d'huile s'achèvent par la confession et la communion. »


RÉVÉLATIONS DE LA SŒUR MARIE DE SAINT-PIERRE SUR LA DÉVOTION A LA SAINTE FACE DE NOTRE-SEIGNEUR

« Notre-Seigneur m'a dit : par cette Face vous ferez des miracles. De même que dans un royaume, on se procure tout ce qu'on désire avec une pièce d'argent qui porte l'effigie du prince, de même aussi, avec la pièce précieuse de ma sainte humanité, qui est ma Face adorable, vous obtiendrez, dans le royaume du Ciel, tout ce que vous voudrez par l'offrande de cette Divine Face. » (Révélation du 27 octobre 1845.)

« Il y a des hommes sur la terre qui ont l'art de restaurer les corps, mais il n'y a que moi qu'on puisse appeler le restaurateur des âmes à l'image de Dieu. Eh bien ! Voilà la grâce que je promets à quiconque s'appliquera à rendre à ma Face adorable les honneurs et les adorations qu'elle mérite, dans l'intention de réparer, par ces hommages, les opprobres qu'elle reçoit des blasphémateurs. . . . Et Notre-Seigneur, me montra, dans l'Apôtre Saint-Pierre, un exemple de la vertu de sa sainte Face. Cet apôtre avait, par son péché, effacé l'image de Dieu dans son âme ; mais Jésus se tourna vers lui, vers cet apôtre infidèle qui devint pénitent : Jésus regarda Pierre et Pierre pleura amèrement. Cette Face adorable est comme le cachet de la Divinité, qui a la vertu de réimprimer, dans les âmes qui s'appliquent à elle, l'image de Dieu. »

Le onze novembre 1845, la sœur Saint-Pierre écrivait : « Notre-Seigneur a transporté mon esprit dans la route du Calvaire, et m'a vivement représenté le pieux office que lui rendit sainte Véronique, qui, de son voile, essuya sa très sainte Face couverte alors de crachats, de poussière, de sueur et de sang. . . . Ensuite, j'ai compris que Notre-Seigneur disait qu'en s'appliquant à l'exercice de la réparation des blasphèmes, (par la dévotion à la sainte Face) on lui rendait le même service que lui rendit la pieuse Véronique, et qu'il regardait les personnes qui le lui rendaient avec les yeux de la même complaisance dont il regarda cette sainte femme lors de sa Passion. »

Notre-Seigneur disait à la sœur au mois de novembre 1846 : « Ma fille, je vous prends aujourd'hui pour mon économe, et je remets de nouveau entre vos mains ma sainte Face afin que vous l'offriez sans cesse à mon Père. . . . Vous obtiendrez par cette sainte Face le salut de beaucoup de pécheurs. Par cette offrande rien ne vous sera refusé. Si vous saviez combien la vue de ma Face est agréable à mon Père ! »

Précédemment, le douze mars 1846, Notre-Seigneur avait promis à la sœur Saint-Pierre pour tous ceux qui défendraient sa cause en cette œuvre de réparation des blasphèmes, par paroles, par prières ou par écrit, qu'il défendrait à son tour leur cause devant son Père et qu'il leur donnerait son royaume. Il l'avait chargée d'en donner de sa part l'assurance à ceux de ses ministres qui s'intéresseraient à cette œuvre de réparation. Quant à celles de ses épouses qui s'appliqueront à honorer et à essuyer sa sainte Face, Notre-Seigneur promet qu'à la mort il essuiera la face de leurs âmes, en effaçant les taches du péché et qu'il leur rendra leur beauté première.

La sœur continue le vingt-un janvier 1847 : « Notre-Seigneur m'a fait connaître qu'il y a quelque chose de mystérieux sur la face d'un homme méprisé. Oui, je vois que son nom et sa face ont une liaison toute particulière. Voyez un homme distingué par son nom et ses mérites en présence de ses ennemis. Ceux-ci ne portent pas la main sur lui pour le frapper ; mais ils l'accablent d'injures, ils ajoutent à son nom d'amères dérisions, et remarquez ce qui se passe sur la face de cet homme injurié. Ne diriez-vous pas que toutes les paroles outrageantes, qui sortent de la bouche de ses ennemis, viennent se reposer sur sa face et lui font souffrir un véritable tourment ? On voit cette figure se couvrir de rougeur, de honte et de confusion. L'opprobre et l'ignominie qu'il souffre lui est plus cruel à supporter que des tourments réels dans les autres parties de son corps. Eh bien, voilà un faible portrait de la Face adorable de Notre-Seigneur, outragée par les blasphèmes des impies. Représentez-vous ce même homme en présence de ses amis, qui, ayant appris les insultes qu'il a reçues de ses ennemis, s'empressent de le consoler, le traitent selon sa dignité, font hommage à la grandeur de son nom en le qualifiant de tous ses titres d'honneur. Ne voyez-vous pas alors la face de cet homme ressentir la douceur de ces louanges ? La gloire repose sur son front, et, rejaillissant sur tout son visage, le rend tout resplendissant. La joie brille dans ses yeux, le sourire est sur ses lèvres ; en un mot ses fidèles amis ont guéri les douleurs cuisantes de cette face outragée par ses ennemis. La gloire a chassé l'opprobre. Voilà ce que font les amis de Jésus par l'œuvre réparatrice de la dévotion à sa sainte Face. La gloire qu'ils rendent à son nom se repose sur son auguste front et réjouit sa très sainte Face. »

(Dévotion à la sainte Face de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 1887.)


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