LES MYSTÈRES JOYEUX

1. L'ANNONCIATION

Dans le premier mystère joyeux nous entrons en esprit avec l'archange Gabriel dans la petite maison de la Très Sainte Viеrgе ; l'archange salue Marie et lui annonce au nom de Dieu qu'elle est choisie pour être Mère du Rédempteur, Marie hésite un instant et réfléchit sur la signification de ces paroles. Mais dès qu'elle est persuadée que l'Ange est véritablement envoyé de Dieu, elle donne aussitôt son consentement. « Je suis la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole. » Et en ce moment la seconde personne de la Sainte Trinité prend la nature humaine dans son sein vіrgіnаl. « Et le Verbe s'est fait chair. »
O prodige ! Marie est maintenant Mère de Dieu ! Salut, ô vous qui êtes bénie entre toutes les femmes, et béni soit le fruit de vos entrailles. Oui, j'adore Jésus le Fils de Dieu fait homme, et je vous félicite, ô Marie, de ce que le Seigneur est avec vous d'une telle manière. C'est pour me racheter qu'il s'est fait votre Fils.
Oh ! Priez-le de venir aussi habiter en moi par sa grâce.

2. LA VISITATION

Dans le deuxième mystère joyeux nous accompagnons Marie dans sa visite à sainte Elisabeth. A peine a-t-elle appris de l'ange que sa cousine a eu un bonheur semblable au sien, qu'elle est devenue mère également d'une manière miraculeuse, qu'aussitôt elle se met en marche pour aller la visiter, afin de la féliciter et de lui offrir ses services. Elle ne s'effraye pas du rude et long trajet à travers les montagnes, l'amour lui donne des ailes, les anges l'accompagnent, comme à une procession de la Fête-Dieu.
Quelle charité et quelle humilité dans cette visite ! A l'entrée de Marie, Elisabeth reconnaît ce qui s'est passé en elle, elle prévient ses salutations et la félicite d'avoir cru à la parole de l'ange.
Saint Jean tressaille de joie à cette première rencontre avec son divin Maître, et Notre-Seigneur délivré du péché originel son saint précurseur. Les lèvres de Marie débordent du bonheur de son cœur et « son âme exalte le Seigneur qui a fait en elle de si grandes choses. »
Oui, vraiment, Dieu a fait en vous de grandes choses, ô Marie.
Ah ! Si vous daigniez venir aussi avec votre divin Enfant m'apporter la même bénédiction qu'à la maison d'Elisabeth ! Que je voudrais avoir pour mon prochain la même condescendance, la même charité que vous avez eue pour votre cousine.

3. LA NATIVITÉ

Le troisième mystère joyeux nous conduit à l'étable de Bethléem ; le divin Sauveur est venu chez les siens, et les siens ne l'ont pas reçu.
Repoussés par les hommes, Marie et Joseph doivent passer la nuit dans cette grotte.
O nuit mystérieuse et sacrée, où s'est levé le soleil de justice, la lumière du monde !
C'est là qu'est né Jésus-Christ.
Il est là, petit enfant, enveloppé de langes et reposant dans une crèche. Cette heureuse nouvelle est annoncée par les anges aux bergers qui veillent.
« Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. »
Je me prosterne pour l'adorer. Oui, réellement, cet enfant est mon Dieu.
Ah ! si tous voulaient croire en lui, si tous voulaient l'aimer ! moi, du moins, je veux l'aimer par dessus tout et être prêt à tous les sacrifices pour lui.
Que je voudrais avoir part à cette paix qu'il a apportée sur la terre !
Elle sera à moi lorsque j'imiterai, au moins en me montrant absolument content de mon sort, cette pauvreté admirable dont il m'a donné l'exemple.

4. LA PRÉSENTATION

Dans le quatrième mystère nous allons avec la Sainte Famille en pèlerinage au temple de Jérusalem.
Quarante jours se sont écoulés depuis la naissance du Sauveur. Marie veut se soumettre à la loi de la purification, et Joseph, doit le présenter au temple et offrir pour lui l'offrande des pauvres, deux tourterelles.
Dès que la Sainte Famille franchit le seuil du temple, un vieillard rayonnant de joie et animé de toute l'ardeur de la jeunesse, vient à sa rencontre et étend vers le divin Enfant ses bras avides de l'embrasser. Il reconnaît par une illumination surnaturelle quel est cet Enfant, c'est-à-dire qu'Il est le Rédempteur attendu par les peuples.
Si le désir de le voir encore avant de mourir a prolongé sa vie jusque-là, maintenant qu'il le tient dans ses bras le but de son existence est atteint :
« Maintenant, Seigneur, vous laissez partir en paix votre Serviteur. »
O bienheureuse mort avec Jésus dans le cœur !
En attendant, les saints pèlerins s'approchent du sanctuaire. Marie s'humilie comme si elle était semblable aux autres mères, et qu'elle eût besoin aussi de se purifier, elle qui est la pureté même. Saint Joseph offre au Père céleste l'Enfant Jésus. C'est à lui qu'il appartient. Jésus lui-même s'offre à son Père comme victime pour les péchés des hommes. « Me voici, je viens. »
O Père éternel, en union avec cette offrande, acceptez aussi l'offrande de ma vie.
C'est pour vous seul que je veux vivre, pour vous que je veux mourir.
Délivrez-moi de toute attache aux choses terrestres afin que je puisse vous servir plus librement.
Marie, ma mère, obtenez-moi la pureté du cœur et la pureté des sens.

5. LE RECOUVREMENT DE JÉSUS AU TEMPLE

Le cinquième mystère nous rappelle la joie qu'éprouvèrent Marie et Joseph en retrouvent Jésus dans le temple.
Dans le pèlerinage que la Sainte Famille fit à Jérusalem lorsque l'Enfant Jésus était dans sa douzième année, le divin Enfant était resté dans le temple, sans qu'on s'en aperçût, pendant que les pèlerins retournaient chez eux.
Aussitôt que Marie et Joseph s'aperçoivent qu'il leur manque, ils le cherchent pendant trois jours, le cœur plein d'angoisse et d'affliction. Ils ne le trouvent ni dans la foule des pèlerins, ni dans le tumulte de la ville.
Ils ne le retrouvent que dans le temple, occupé à expliquer, par des questions et des réponses, le sens de la Sainte Écriture.
C'était seulement une étincelle de sa divine sagesse qui brillait là, mais elle suffit pour jeter dans l'étonnement tous ceux qui l'entendaient.
Comme il est facile de comprendre les questions les plus ardues, lorsque la lumière de Dieu éclaire notre esprit !
Quelle joie et quelles délices pour Marie et Joseph de revoir le divin Enfant, après l'avoir cherché avec tant d'angoisse !
Oui, trouver Jésus c'est le plus grand bonheur de l'âme, rester auprès de lui dans le temple, se prosterner devant le tabernacle, c'est la joie la plus pure.
Pour moi, je veux le chercher dans toutes mes démarches, dans toutes mes actions. Tout pour Jésus ! O Marie, ma douce Mère, préservez-moi du malheur de le perdre par le péché.

LES MYSTÈRES DOULOUREUX

1. L'AGONIE DANS LE JARDIN

Le premier mystère nous conduit à Gethsémani, où nous voyons Jésus à l'agonie, couvert d'une sueur de sang. Dans l'institution de l'Eucharistie l'amour de Jésus avait trouvé un moyen de rester toujours au milieu des siens. Maintenant il pouvait leur enlever sa présence corporelle. Il va donc au devant de sa Passion. Sur le mont des Oliviers, où il a si souvent prié, il veut aussi se fortifier par la prière, pour accomplir son sacrifice expiatoire. Il prend avec lui ses trois disciples favoris ; ils doivent l'aider a prier. A peine a-t-il commencé sa prière que toute la grandeur des souffrances qu'il doit endurer tombe sur son âme avec une telle pesanteur qu'il est réduit à l'agonie, et que des gouttes de sang sortent de ses pores comme de la sueur, et découlent à terre comme des perles. « Mon Père, s'écrie-t-il, dans sa lutte avec lui-même, mon Père, s'il est possible, que ce calice s'éloigne de moi. Mais pourtant que votre volonté soit faite et non pas la mienne. » Il a besoin de consolation, il en cherche auprès de ses disciples, qui auraient dû prier avec lui ; mais ils étaient endormis. Et déjà il voit l'apôtre apostat, que la communion sacrilège vient d'endurcir pour accomplir son forfait, s'avancer près de lui, la trahison dans le cœur.
Il se tourne de nouveau, avec d'autant plus de confiance, vers son Père qui est au Ciel ; son Père entend sa prière, il ne lui retire pas son calice de souffrance, il ne peut pas le faire à cause de nous, mais il lui envoie un ange pour le consoler. Ainsi consolé, il va au-devant du traître et se livre entre les mains de ceux qui sont venus avec des cordes pour l'arrêter.
O bon Jésus, combien de fois ne vous ai-je pas trahi et vendu pour un vil prix, pour la satisfaction de mes passions ! C'est ainsi que je vous ai récompensé de ces innombrables bienfaits dont vous m'avez comblé.
Comme cette ingratitude a dû affliger votre âme à cette heure ! Je le regrette de tout mon cœur et vous promets, en expiation de mes péchés, d'accepter paisiblement toutes les peines que la Providence de votre Père pourra me destiner. Que sa volonté soit faite et non pas la mienne. Pour obtenir cette soumission, j'unis cette dizaine à votre prière au jardin des Olives.

2. LA FLAGELLATION DE JÉSUS AU PILIER

Dans le deuxième mystère nous assistons à la flagellation de Jésus. Traîné au tribunal du grand prêtre Caïphe, Jésus est condamné à mort et livré au gouverneur païen de la Judée, pour l'exécution de cette sentence. Pilate voit clairement la malice des Juіfѕ et l'injustice de leur sentence, il ne trouve aucun crime en Jésus. Il cherche donc un moyen de se tirer d'affaire. Dès qu'il entend dire que Jésus est de la Galilée, il l'envoie au roi de Galilée, Hérode : celui-ci déclare que Notre-Seigneur est un fou, et en sa qualité d'aspirant au trône, il lui met sur les épaules un manteau blanc et le renvoie ensuite à Ponce-Pilate. Voyant l'insuccès de son expédient, Pilate songe à un moyen d'apaiser la rage des Juіfѕ, sans cependant accomplir leur demande. Le respect humain l'empêche de délivrer complètement l'innocent.
Il le fait cruellement flageller.
Sans aucun ménagement, on lui enlève ses habits du corps, Pauvre Sauveur, comme il a dû rougir alors ! C'est ainsi qu'il expie les manquements à la pudeur de tant et tant de pécheurs. — Ses mains sont fortement liées à une colonne. Il se laisse faire, pour ceux qui, abusant de leur liberté, ont étendu les mains vers le fruit défendu. — Et maintenant les coups barbares tombent sur son corps et y multiplient les raies sanglantes, les blessures livides. Tout couvert de sang. Notre-Seigneur ne ressemble plus à un homme, il ressemble à un ver qu'on a écrasé.
A cette vue, qu'elles sont pesantes pour mon âme ces jouissances et ces satisfactions sensibles que j'ai recherchées pour flatter mon corps et pour contenter ma sensualité ! Non, à l'avenir je ne veux plus dorloter ce corps qui sera bientôt, qui sait quand ? la proie du tombeau et la pâture des vers ; je veux le mortifier, pour qu'il ait plus facile de servir mon âme. Je veux vivre selon l'esprit et non plus selon la chair. Aidez-moi à le faire, ô Marie, ma bonne mère.

3. LE COURONNEMENT D'ÉPINES

Le troisième mystère nous montre le divin Sauveur insulté de la manière la plus révoltante dans le couronnement d'épines. La cruauté des soldats n'était pas encore satisfaite de la flagellation de Notre-Seigneur, qui leur avait été ordonnée ; d'eux-mêmes, poussés par une haine satanique de Dieu, ils y ajoutent la dérision et la moquerie. Comme ils avaient entendu dire que Jésus-Christ s'était appelé le roi des Juіfѕ, de ces Juіfѕ qu'ils haïssaient à mort, ils lui dressent un trône sur un escabeau et lui font une couronne avec des épines, qu'ils lui enfoncent à grands coups de bâtons sur la tête ; ils lui mettent à la main un roseau en guise de sceptre, et fléchissent le genou devant lui en lui disant avec moquerie : « Salut, roi des Juіfѕ ». Et comme si cette moquerie n'était pas déjà assez douloureuse, ils lui crachent au visage avec mépris. Qui pourrait, même en faisant abstraction de la divinité cachée sous cette personnification de la douleur, et en ne la considérant qu'au point de vue naturel, avec les sentiments d'un cœur humain, ne pas se sentir touché de la plus profonde compassion ? Pilate s'attendait à cette impression chez les Juіfѕ ; c'est pour cela qu'il leur présente le divin Sauveur, dans cet état, en disant seulement : Ecce homo ! Voilà l'homme.
Voyez cette forme, si affreusement défigurée. C'est un homme comme vous. Cette vue ne suffit-elle pas au moins à rassasier votre haine et votre soif de vengeance ? — Je serais plus cruel que ces Juіfѕ endurcis, si cette vue ne s'imprimait pas plus fortement dans mon cœur que le visage du Sauveur sur le linge de Véronique. Que dois-je penser de mon orgueil, de ma hauteur, de ma prétention d'être au-dessus de tout le monde, lorsque je vois à quel point mon Sauveur se laisse abaisser et humilier dans cette circonstance ? Ce ne serait que justice si tout le monde me méprisait et se moquait de moi ; mes péchés l'ont mérité.
O ! Jésus, apprenez-moi l'humilité.

4. LE PORTEMENT DE LA CROIX

Dans le quatrième mystère nous accompagnons Jésus au lieu du supplice. Pilate rejette loin de lui la responsabilité de la mort du Sauveur, mais il laisse exécuter le jugement inique qui le condamne à la mort de la croix. Nouvel Isaac, le divin Rédempteur doit porter lui-même le bois sur lequel il va être immolé. Par amour pour nous il a soupiré après ce sacrifice ; aussi il étend les bras vers la croix, comme vers un ami qu'on désire ardemment et qui est le bienvenu. — Si je savais, moi aussi, par amour pour lui, pour mon Rédempteur crucifié, accepter au moins avec patience et soumission toutes les peines qui me viennent de la main paternelle de Dieu ! — Mais le poids de la croix est trop lourd pour les forces épuisées du Sauveur, elle le fait tomber à terre. — Quel ne doit pas être le poids effrayant du péché, s'il pèse tellement sur l'Homme-Dieu ? Comme il abaisse l'homme qui le commet, et où ne le fait-il pas descendre, lorsqu'il s'agit de lui infliger la punition qu'il mérite ?
Le Sauveur se relève, et il va reprendre et traîner encore son pesant fardeau. Le sang coule de son front, mêlé à la sueur ; il tombe goutte à goutte sur la poussière du chemin. Ce sont là les traces auxquelles Marie reconnaît la route que son divin Fils parcourue. Elle le suit, le cœur accablé. Bientôt, elle l'a atteint. Quelle rencontre pour le Fils et la Mère ! O Marie, pardonnez-moi de ce que j'ai été la cause de votre douleur ; s'il m'était donné seulement de pouvoir, comme Simon de Cyrène, aider mon Sauveur à porter sa lourde croix ! Si je pouvais au moins, comme Véronique, essuyer cette sueur mortelle de son front et de ses yeux ! Obtenez-moi, ô Mère de douleur, les larmes de la compassion, comme ces saintes femmes qui ont pleuré sur le chemin ; larmes de compassion et de repentir en même temps. Comme je chercherai maintenant à alléger la croix de mes frères en Jésus-Christ, besogneux et souffrants, en les consolant, en les secourant ! Mais je veux aussi dorénavant porter ma croix à la suite de mon Sauveur souffrant. O sainte croix, notre unique espérance, salut !

5. LA CRUCIFIXION

Dans le cinquième mystère nous assistons à la mort du Sauveur sur la croix. Arrivé sur le Calvaire, le Sauveur est dépouillé de ses vêtements (les bourreaux les tirent entre eux au sort), puis jeté sur la croix et attaché avec des clous par les mains et par les pieds. Oh ! Comme ces coups de marteaux résonnent ! Comme le sang jaillit ! Maintenant la croix est dressée, c'est la position qui convient à celui qui est le médiateur entre le ciel et la terre. Mais quel lit de mort pour le Dieu-Homme ! Et quel spectacle pour la Mère de Dieu ! Quelle douleur pour tous les deux, pendant trois heures ! Sa Sainte Mère est la seule chose que le Sauveur mourant laisse sur la terre. Et il me la recommande : Voilà ta mère, me dit-il, en mourant ; mais il me recommande aussi à sa Mère : Voilà votre Fils, dit-il à sa Mère. Comme je veux respecter ce testament précieux de mon Rédempteur ! Jamais je ne me séparerai de vous, ô Marie, ma bonne Mère. Et s'il arrivait un temps où, dans l'excès de mes peines intérieures, je devrais m'écrier : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné ? Je suis certain, ô Marie, ma mère, que vous ne m'abandonneriez pas. Je vous remercie, ô doux Jésus, je vous remercie pour tout. Je me remets entièrement entre vos mains percées de clous. Ne permettez pas, seulement, que votre précieux sang soit perdu pour moi. Et vous, ô Mère de douleur, imprimez profondément dans mon âme les plaies de votre Fils crucifié.

LES MYSTÈRES GLORIEUX

1. LA RÉSURRECTION

Dans le premier mystère glorieux nous considérons la résurrection du Sauveur. Pendant que le corps du Rédempteur reposait sans corruption dans le tombeau, la divinité n'en était pas séparée. Son âme, séparée du corps, mais toujours également unie à la divinité, visitait pendant ce temps les âmes des justes de l'ancien testament dans le lieu de leur séjour, et de là, au matin du troisième jour, elle les conduisait à son tombeau pour leur montrer, par les horribles blessures de son corps, la grandeur de son amour pour eux.
Quelles marques de reconnaissance n'auront-ils pas données en vénérant ces blessures qui nous ont procuré le salut ? — Devant eux l'âme de Jésus se réunit à son corps, et ce corps ressuscité et glorieux se dégagea des liens de la mort et du tombeau. De là, suivi de son brillant cortège, à la tête duquel se trouvait sans doute comme héraut l'ange de l'annonciation, le divin Ressuscité se rendit auprès de Marie sa Mère pour la consoler. Quelle joie dans cette entrevue ! Comme l'auréole de la gloire de son Fils devait rayonner dans son âme ! Comme elle devait jouir et féliciter son Fils de son triomphe sur l'enfer et sur la mort ! — En attendant, un ange d'une clarté lumineuse et d'un éclat éblouissant apparaissait près du tombeau. Par un bruit semblable à celui d'un tremblement de terre, il effrayait les soldats qui montaient la garde, il éloignait sous leurs yeux la pierre et le sceau dont le tombeau, qu'ils voyaient maintenant vide, avait été fermé, et il disait aux femmes qui se rendaient au tombeau à cette heure matinale : « Le Christ que vous cherchez est ressuscité, il n'est plus ici. »
Oui, Jésus-Christ est ressuscité, mais auparavant il fallait qu'il souffrît tout cela, et qu'ainsi il entrât dans sa gloire. (Luc xxiv, 26.)
Moi aussi je ressusciterai, — cette espérance repose dans mon cœur. A cause de cela je veux bien supporter quelque chose pendant ce court espace de temps. Les souffrances de cette vie ne sont pas comparables à la gloire éternelle qui sera manifestée en nous.

2. L'ASCENSION

Dans le deuxième mystère nous voyons Jésus-Christ monter au Ciel. Après avoir donné à ses disciples bien des instructions et des enseignements pour le bien de son Eglise, le quarantième jour après sa résurrection, le divin Sauveur les conduit sur le mont des Oliviers, pour que du même lieu où il a commencé sa passion il entre aussi dans sa gloire céleste. Il était bien juste que ceux qui devaient être les colonnes de l'Eglise militante fussent assurés par leurs propres yeux de la consommation réservée a l'Eglise triomphante. Marie, la mère du Rédempteur, pouvait encore bien moins y manquer. Avec quel amour tous n'auront-ils pas baisé pour la dernière fois les plaies glorieuses du Sauveur ! Quelles douces larmes n'auront-ils pas versées en lui disant adieu, au revoir ! — Rarement une prière aussi fervente que celle de cette sainte assemblée aura demandé au Sauveur partant une dernière bénédiction, une bénédiction valable pour toute la suite des âges. Et il la leur donna en effet de la plénitude de son cœur. Et levant les mains, il les bénit et ensuite il fut enlevé au Ciel. (Luc xxiv, 50.) A l'endroit où il avait pour la dernière fois touché la terre, les traces de ses pas restèrent gravées sur la pierre.
Oh ! Si en ce moment j'avais pu me cramponner à ses pieds sacrés ; mais non, je reste ici, et je le vois là s'élevant au ciel, par sa puissance divine. Je le suis des yeux jusqu'à ce qu'une nuée lumineuse le dérobe à mes regards. En ce moment s'ouvrent les portes du Ciel, fermées depuis le péché d'Adam, et au milieu des chants de triomphe des Anges, Jésus-Christ prend place sur son trône, à la droite de son Père. Si je l'aime véritablement, mes pensées doivent toujours être au Ciel. Là où est votre trésor, là sera votre cœur. O Marie, ma bonne Mère, obtenez-moi des sentiments et des aspirations célestes.

3. LA DESCENTE DU SAINT-ESPRIT

Dans le troisième mystère nous prenons part à l'envoi du Saint-Esprit. Avant son ascension, le Sauveur avait promis à ses disciples qu'il leur enverrait l'Esprit de vérité, l'Esprit consolateur, et à cause de cela, Il leur avait ordonné de ne pas s'éloigner de Jérusalem avant de l'avoir reçu. Pour lui obéir, ils restèrent dans le cénacle, en compagnie de Marie, Mère de Jésus, appliqués au jeûne et à la prière. Le dixième jour il s'éleva un vent impétueux, violent comme une tempête qui ébranla toute la maison dans laquelle résidait la sainte assemblée, et le Saint-Esprit, sous la forme de langues de feu, descendit sur chacun de ceux qui étaient réunis. Par ce symbole de langues de feu étaient indiqués clairement les effets de cette descente du Saint-Esprit. Le Saint-Esprit apparaissait sous forme de langues, parce qu'il devait délier la langue des apôtres, les rendre habiles et éloquents à prêcher la sagesse de la croix, devant les grands et les petits, les savants et les ignorants, devant le monde entier. On vit ce que cela devait produire, par les succès merveilleux de la prédication de saint Pierre. Quant au feu, il représente l'opération du Saint-Esprit, par sa vertu lumineuse, calorifique, consumante. Les scories de la sensualité et des sentiments terrestres sont consumées dans l'âme qui laisse le Saint-Esprit opérer en elle. La flamme de l'amour s'allume dans le cœur où souffle le Saint-Esprit, et toutes les vérités sont ouvertes à l'intelligence qu'éclaire la lumière du Saint-Esprit.
Oh ! Si j'avais été alors au nombre des disciples à côté de Marie, pour participer à ces sublimes effets ! Mais j'ai eu aussi la Pentecôte dans mon âme au jour de la Confirmation. Si je n'en remarque pas les effets en moi, c'est ma faute. J'ai fermé à la grâce l'entrée de mon cœur, ou bien j'ai apporté des obstacles à son action. A l'avenir je ne veux plus contrister le Saint-Esprit. Venez ô Esprit-Saint, et remplissez mon cœur.

4. L'ASSOMPTION

Dans le quatrième mystère nous sommes témoins de la sainte mort et de l'Assomption de la Très Sainte Viеrgе. Lorsque le moment fut venu, pour la Viеrgе bénie entre toutes les femmes, de passer à son Dieu, la légende nous dit que tous les apôtres, à l'exception de saint Thomas, après s'être d'abord dispersés par le monde, se trouvèrent comme par miracle réunis à Jérusalem. Sans doute l'heure de sa mort avait été révélée à la sainte Mère de Dieu, peut-être par l'ange de l'annonciation, et saint Jean avait dû transmettre cette nouvelle aux autres apôtres. Comme ils durent se hâter pour aller recevoir le dernier soupir de leur bien-aimée Mère ! Ce n'était pas une lutte désespérée avec la vie que cette mort ; la Viеrgе immaculée n'était ni ravagée par la douleur, ni usée par la maladie. Une seule chose lui manquait : la pleine possession de son divin Fils. Elle soupirait après lui comme un prisonnier après la liberté, comme un exilé après la patrie, comme une mère, et surtout une telle mère, après son fils, et un tel fils, comme une âme éprise de Dieu, après la possession de son Dieu. Le désir de le voir dissolvait ses liens, il ne lui permettait pas de vivre plus longtemps ; de même qu'autrefois le désir de voir le Messie, si impatiemment attendu, n'avait pas permis au saint vieillard Siméon de mourir plus tôt. Le Christ était sa vie, par conséquent la mort lui était un gain. Comme elle dut tressaillir de joie lorsqu'Il vint pour l'emmener dans les demeures éternelles ! Malgré la douleur de la séparation, les apôtres durent éprouver quelque chose de la béatitude d'une telle mort. Oui, la mort des saints est précieuse devant Dieu. Avec quel respect les apôtres ne durent-ils pas confier à sa dernière demeure ce corps mille fois béni, maintenant inanimé, duquel était sortie la vie !
Le chant des Anges, nous dit la légende, accompagna d'accents joyeux le convoi funèbre en marche vers Gethsémani, et jusqu'au sein du tombeau ces douces mélodies se firent entendre. Il n'y avait là qu'une courte halte pour le corps sacré de la Viеrgе bénie, il ne devait pas voir la corruption. Le troisième jour, dit encore la légende, lorsque l'apôtre saint Thomas arriva, l'assemblée des disciples se rendit avec lui au tombeau, pour avoir encore une fois le bonheur de voir avec lui le saint corps. Quel ne fut pas leur étonnement de trouver le tombeau, vide, et rempli seulement d'un parfum céleste qui les inonda de délices ! Le prodige était facile à comprendre : l'arche d'alliance du Nouveau Testament avait été transportée dans le Saint des Saints du ciel : Marie avait été enlevée au ciel en corps et en âme. — O Marie, ma Mère, par votre assomption dans le ciel je vous en prie, daignez guérir les blessures que le péché originel a faites à mon âme et à mon corps.

5. LE COURONNEMENT DE MARIE AU CIEL

Le cinquième mystère nous fait pressentir quelque chose de la grandeur immense dont Marie jouit au ciel. Quelle joie ne durent pas ressentir les saints de l'Ancien Testament, que Jésus avait pris avec Lui pour monter au ciel, lorsqu'ils se rendirent au-devant de la Mère du Sauveur, au moment où elle faisait son entrée triomphale dans le royaume de son divin Fils ! Comme tous les chœurs des Anges ont dû tressaillir à sa vue et la conduire au trône de leur Dieu ! Comme Notre-Seigneur a dû lui faire une place à sa droite ! Là seulement, sur ce trône d'honneur, à la droite de son Fils, était la place due à ses mérites et à ses privilèges. Si, sur la terre, ses titres exceptionnels l'élevaient au-dessus de toutes les créatures, il fallait bien aussi qu'au Ciel elle fût placée au-dessus de tous. Aussi la Très Sainte Trinité la couronna comme reine du Ciel. Et depuis, le Ciel retentit toujours de l'Ave Maria par lequel l'Archange l'a saluée en lui annonçant ce grand événement.
Salut, ô Marie, vous dirai-je aussi de mon côté, salut, ô ma mère et ma reine très sainte. C'est un miel pour ma bouche, c'est un délice pour mon cœur que cette salutation qui chante si bien vos louanges. Rendez-moi seulement toujours plus digne de les chanter dans le psautier qui vous est consacré. Mais aussi, ô douce Mère, exaucez ma prière et conduisez-moi à l'heure de ma mort dans ce royaume dont vous êtes la souveraine.

(Le Saint Rosaire de la Très Sainte Viеrgе, Traduit de l'allemand du R. P. Thomas Esser, O. P. par Mgr Amédée Curé, 1894.)