LES LIVRES DEUTÉROCANONIQUES

« On range parmi les deutérocanoniques de l'Ancien Testament sept livres entiers : Tobie, Judith, la Sagesse, l'Ecclésiastique, Baruch et les deux livres des Machabées, et quelques fragments d'autres livres : les additions grecques d'Esther, x, 4-xvi, 24, et dans le livre de Daniel, la prière d'Azarias et le cantique des trois enfants dans la fournaise, iii, 24-90, l'histoire de Susanne, xiii, et celle de Bel et du dragon, xiv. La Sagesse et le second livre des Machabées ont été certainement écrits en grec. L'Ecclésiastique a été rédigé en hébreu, et le texte original, disparu depuis le xie siècle de notre ère, a été partiellement retrouvé en 1896 et 1897 dans la genizah de la synagogue du Caire. Origène connaissait encore le texte hébreu du premier livre des Machabées, qui a été perdu depuis. Pour les autres livres ou fragments deutérocanoniques, on croit qu'ils ont été originairement composés en hébreu ou en araméen, et que les textes grecs que nous possédons ne sont que des traductions [...]

« Ces livres deutérocanoniques faisaient partie de la Bible, dite des Septante. Cette Bible grecque, antérieure à l'ère chrétienne, et à l'usage des Juifs d'Alexandrie, les contenait, non en appendice et à la suite de ceux qui avaient été traduits de la Bible hébraïque, mais mélangés à ceux-ci. On en peut conclure à bon droit que les Juifs hellénistes regardaient les uns et les autres comme inspirés et leur reconnaissaient une autorité divine. [...] Enfin, les versions grecques, faites par les Juifs Aquila, Symmaque et Théodotion, prouvent aussi l'usage helléniste. A en juger par les fragments qui nous en restent, les deux premières contenaient au moins l'histoire de Susanne. Celle de Théodotion comprenait Daniel tout entier [...]

« Les écrits apostoliques. — Ils ne contiennent pas une liste officielle des livres de l'Ancien Testament, que Jésus-Christ aurait présentés à l'Eglise comme divins et inspirés. Mais ils citent fréquemment, soit d'après le texte hébreu, soit d'après la version des Septante, la sainte Ecriture, la plupart des livres protocanoniques et des passages empruntés aux deutérocanoniques. [...] Il faut noter les citations de la Sagesse, Matth., xxvii, 39-42; I Pet., i, 6, 7; Eph., vi, 13-17; Heb., i, 3; Rom., i, 20-32; ix, 21, et de II Mach., vi, 18-vii, 42; Heb., xi, 34, 35, les deux seuls livres de l'Ancien Testament qui aient été composés en grec. Les écrivains du Nouveau Testament se servaient donc de la Bible des Septante et ont canonisé, par l'usage qu'ils en ont fait, les deutérocanoniques de l'Ancien Testament.

« Les Pères apostoliques. — Les premiers écrivains ecclésiastiques, les plus rapprochés des temps apostoliques, ont employé la Bible grecque, qu'ils avaient reçue de leurs maîtres, et ont cité à l'occasion les livres deutérocanoniques de l'Ancien Testament aussi bien que les protocanoniques, et sans établir entre eux aucune différence. La Doctrine des Douze Apôtres, récemment découverte, i, 2; x, 3, cite Eccli., vii, 30; xviii, 1; xxiv, 8. Funk, Patres apostolici, 2e édit., Tubingue, t. I, p. 2, 14. Elle cite aussi, v, 3; x, 3, la Sagesse, xii, 7; i, 14, p. 16, 22. Saint Clément romain, I Cor., lv, 4, 5; lix, 3, 4, analyse Judith, viii sq.; ix, ii, ibid., p. 168, 174, 176; lv, 6, cite Esther, iv, 16; vii, 8, ibid., p. 168; iii, 14; vii, 5; xxvii, 5, fait allusion à Sap., ii, 24; xii, 10; xi, 22; xii, 12, ibid., p. 102, 108, 134; lix, 3; lx, 1, cite Eccli., xvi, 18, 19; ii, 11, ibid., p. 176, 178. Saint Ignace d'Antioche, Ad Eph., xv, i, ibid., p. 224, fait allusion à Judith, xvi, 14. Saint Polycarpe, Ad Phil., x, 2, ibid., p. 308, cite Tobie, iv, 10; xii, 9.

« Les Pères apologistes et les autres écrivains du iie et du iiie siècle. — Dans toutes les Eglises, on connaît et on utilise les deutérocanoniques. Saint Justin, Apol., I, 46, P. G., t. VI, col. 397, rappelle l'histoire des trois jeunes Hébreux. Dan., iii. Quoique, dans la discussion avec le juif Tryphon, Dial., 71, ibid., col. 643, il s'abstienne d'alléguer les livres bibliques que son adversaire n'accepte pas, il loue cependant la version des Septante et blâme ceux qui ne s'en servent pas. L'auteur de la Cohortatio ad Graecos, 13, ibid., col. 205, qui n'est pas saint Justin, affirme même l'inspiration des Septante. Athénagore, Legat, pro christ., 9, P. G., t. VI, col. 908, cite Baruch, iii, 36, comme un prophète. Saint Irénée, Cont. haer., v, 35, n. 1, P. G., t. VII, col. 1219, cite Baruch, iv, 36; v, 9, sous le nom de Jérémie. Il cite encore, iv, 38, n. 3, col. 1108, Sap., vi, 20; et iv, 26, n. 1, col. 1053, Dan., xiii, 56; et iv, 5, 2; v, 5, n. 2, col. 984; 1135, Dan., xiv, 3, 4, 24. Clément d'Alexandrie cite plus de cinquante fois l'Ecclésiastique dans le I. II du Pédagogue. Il y cite encore Baruch, iii, 16, 19, I. II, 3, P. G., t. VIII, col. 436. Dans les Stromates, I, 21, P. G., t. VIII, col. 852-853, il énumère tous les deutérocanoniques (Baruch étant joint à Jérémie), à l'exception de Judith, qu'il cite ailleurs, II, 7; IV, 19, col. 969, 1328. Il analyse aussi les fragments d'Esther, IV, 19, col. 1328. Il cite Tobie, iv, 16, Strom., II, 23, col. 1089; des passages de la Sagesse, Strom., IV, 11, P. G., t. IX, col. 313; II Mach., i, 10, Strom., V, 14, col. 145. Origène, qui n'énumère que les livres de la Bible hébraïque, In Ps., i, P. G., t. XII, col. 1084, défendit contre les objections de Jules Africain les parties deutérocanoniques de Daniel et les livres de Tobie et de Judith. Il sait qu'ils ne se trouvent pas dans la Bible hébraïque et ne sont pas reçus par les Juifs, mais il déclare qu'il est absurde de douter, pour cette raison, de leur autorité, parce que ce n'est pas des Juifs que les Chrétiens doivent apprendre où se trouve la parole de Dieu. Epist ad African., 3, 13, P. G., t. XI, col. 53, 80. Il cite plus de dix fois Tobie, trois fois Judith, vingt fois environ la Sagesse, plus de soixante-dix fois l'Ecclésiastique, deux fois le ier livre des Machabées et quinze fois le iie, aussi bien que les autres deutérocanoniques. Saint Denys d'Alexandrie rapporte des passages de Tobie, de la Sagesse, de l'Ecclésiastique et de Baruch, avec les formules : “Comme il est écrit, comme dit l'Ecriture.” De natura, P. G., t. X, col. 10, 1257, 1268; Cont. Paulum Samos., 6, 9, 10, édit. Simon de Magistris, Rome, 1796, p. 245, 266, 274; Epist., x, ibid., p. 169. A Carthage, Tertullien cite tous les deutérocanoniques, sauf Tobie et les fragments d'Esther. Il cite la Sagesse sous le nom de Salomon et Baruch sous celui de Jérémie. Voir A. d'Alès, La théologie de Tertullien, Paris, 1905, p. 225. Saint Cyprien a utilisé tous les deutérocanoniques, sauf Judith. Il cite parfois aussi la Sagesse sous le nom de Salomon. Le canon de l'Ancien Testament est, pour saint Hippolyte de Rome, celui des Juifs hellénistes, et le texte de Daniel qu'il commente, celui de Théodotion. Dans son commentaire de Daniel, il utilise les deux livres des Machabées pour montrer la réalisation historique des oracles divins. A. d'Alès, La théologie de saint Hippolyte, Paris, 1906, p. 113-114. Saint Grégoire le Thaumaturge cite Baruch. De fide capit., 12, P. G., t. X, col. 1133. Les Constitutions apostoliques, dont les six premiers livres sont rapportés au milieu du iiie siècle, connaissent tous les deutérocanoniques, à l'exception des Machabées. La lettre synodale du iiie Concile d'Antioche (269) au pape saint Denys cite comme Ecriture un passage de l'Ecclésiastique, ix. Mansi, Concil., t. I, col. 1099. Saint Méthode de Tyr allègue comme Ecritures Baruch, Susanne, Judith, l'Ecclésiastique et la Sagesse. La vieille version latine dite Italique contenait les deutérocanoniques, et le canon du Claromontanus, s'il est du iiie siècle, confirme la réception de tous ces livres dans l'Eglise latine. »

(Adhémar d'Alès, Dictionnaire apologétique de la foi catholique, t. I, col. 440-444.)